11 Novembre : La guerre de 1914-1918 dans les manuels d’histoire, souffrance et oubli du patriotisme

[Extrait du livre “L’histoire Fabriquée”]
.Les « poilus » n’étaient que des « chairs à souffrance ».

Programme de 3e et de 1e.
La fabrique d’une idée reçue :
Qu’en dit-on ? :
Le soldat de la guerre de 14 n’est qu’une victime. Les souffrances et les difficultés des soldats occupent de 37 à 61% des documents choisis par les manuels à propos de la première guerre mondiale. Un manuel montre par exemple des soldats morts dans une tranchée , mortellement las , corps en boule, le sac sur la tête , nettoyant des tranchées , donnant la mort et blessant à distance , camarades et copains entre deux combats etc …
L’engagement des soldats est présenté comme quelque chose d’absurde ;, en effet les motivations des hommes de 14-18 sont peu évoquées dans les manuels et de manière déformée. L’idée que le combat patriotique ait pu être un choix volontaire est occultée. Un manuel parle du « sens du devoir patriotique », mais pour un texte qui montre des soldats heureux que la guerre soit finie et à côté d’une image titrée le « poids de la contrainte » et qui montre l’exécution d’un soldat qui a refusé de monter combattre, à genoux dans la neige, face à ceux qui vont le fusiller .
Comment le dit-on ? :
La domination d’une école d’interprétation historique. Les auteurs d’une étude de l’enseignement de l’histoire, La fabrique de l’histoire critiquent la surreprésentation d’une des interprétations possibles de cette guerre . Ils attribuent à l’influence des historiens rassemblés autour de Péronne une explication de la guerre centrée sur l’expérience combattante, marquée par des souffrances et une violence extrême. Ces critiques pensent que la seule histoire des perceptions ne suffit pas pour comprendre cette guerre et les motivations de ceux qui l’ont faite.
Bécassine a été la seule engagée volontaire de la Grande guerre. Un exemple peut ridiculiser une cause ou un courant de pensée. Le seul exemple d’engagement volontaire par patriotisme pendant la guerre de 1914-1918 que daignent citer les manuels est celui de Bécassine. becassineCe personnage dessiné dans le journal pour enfants « La semaine de Suzette » est une domestique bretonne répondant au nom « d’Annaïk Labornez » et caractérisée par sa bêtise comique. Elle est montrée par le manuel Belin, incapable de répondre à des questions simples, mais tout de même reçue infirmière de première classe .
Ce qu’il y a de vrai :
Une mise en valeur de la cruauté et de la violence pendant la guerre. A contre-courant de l’humanisme de la « belle époque » qui précédait la guerre, le discours ambiant encourage la violence pendant ce conflit. Les allemands sont caricaturés en singes ou en dragons . Certains chantaient de bon cœur Rosalie, la gentille baïonnette qui ne pense qu’au bide des allemands qu’elle veut transpercer . Ces discours portaient, tous les soldats n’étaient pas comme ces instituteurs regrettant de se découvrir « d’antiques instincts de cruauté » . Les enfants ont eux aussi été accoutumés à une grande violence de pensée, les traditionnels problèmes de robinets furent par exemple remplacés par des questions mathématiques sur des trajectoires de grenades .

L’histoire à découvrir
Ce qu’il faut aussi savoir :
Beaucoup de soldats ont aussi combattu par patriotisme. On a pu trouver des marques de ce patriotisme chez des intellectuels comme Paul Drouot, ami du nationaliste Henri Massis qui lui écrivait : « A l’heure qu’il est, rien ne compte plus que les grands intérêts, ceux de la patrie, ceux de l’âme. ».Jean Corentin CarréIl y a aussi des exemples d’engagement patriotique dans les classes populaires. Jean Corentin Carré, engagé volontaire à 15 ans en cachant son trop jeune âge a écrit une lettre à son instituteur pour le remercier de lui avoir donné le sens du devoir. Il ne nie rien de ses souffrances mais affirme que « La France a besoin de tous ses enfants ; tous doivent se sacrifier pour elle ». Il montre aussi dans cette lettre l’influence de la propagande en affirmant qu’il ne pourrait « pas vivre sous le joug d’ennemis qui, à chaque instant, me feraient sentir leur supériorité ».
L’instituteur et écrivain Louis Pergaud, auteur de La guerre des boutons, relativement antimilitariste avant guerre témoigne aussi d’un patriotisme inspiré par ses choix politiques en écrivant « J’ai l’intime conviction que cette guerre est salutaire, et qu’elle est la suite et la continuation des campagnes de la Révolution ».
Le refus de la guerre n’est pas seulement né d’un sentiment de lassitude. Les manuels peuvent montrer des « refus de retourner au combat », mais ils ont plus de mal à trouver des documents qui donnent les arguments de ceux qui se sont opposés à la guerre.
On ne lira pas dans les manuels le récit par l’institutrice de sensibilité anarchiste Emilie Carles dans son autobiographie Une soupe aux herbes sauvages du choix par quelques anarchistes ou protestants de l’insoumission et de la clandestinité . La réunion de socialistes pacifistes organisée à Zimmerwald en 1915 est elle aussi oubliée.
On ne lira pas non plus dans les manuels la lettre encyclique du pape Benoît XV qui condamne dès le premier novembre 1914 une guerre où les nations « entredétruisent avec des raffinements de barbarie » alors qu’elles parlent sans cesse d’une fraternité qui « laisse de côté les enseignements de l’Evangile. » Cet appel du pape à un retour à la paix lui a valu d’être traité de « pape boche » ou « français » sans être écouté par les pouvoirs du moment, à l’exception de l’empereur Charles 1er d’Autriche qui lance un appel à la paix lors de son avènement en novembre 1916 et tente des négociations de paix secrètes en 1917.
Source photo 1 et 2

 

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