L’histoire au Journal de 20 heures sur France 2 : La déshumanisation.

Quelques images, un mot entendu en passant, et une des grandes tendances de l’enseignement actuel est mise en images dans un reportage pour France 2. Le professeur montre une gravure de guerre. Il souligne la déshumanisation des soldats dans les tranchées.

Cette perte de substance humaine ne touche pas que les « poilus ». Elle peut aussi toucher un enseignement de l’histoire qui devient partiel. Il ne montrant plus clairement les diverses motivations des soldats et peine à présenter les « héros » qui luttent pour lutter contre une injustice ou pour obtenir une conquête sociale.

Nouveaux manuels d’histoire, les femmes passent de la soumission à l’effacement.

Les nouveaux manuels d’histoire sont bien loin de montrer la diversité des vocations féminines et masculines aux lycéens. Leur approche très politique et juridique de l’émancipation des femmes reste en effet très théorique.  Ils confortent dans la pratique les représentations limitées des rôles des femmes qu’ils semblent combattre.


Najat Belkacem à Toulouse pour le programme… par Najat-Belkacem

Bien loin  des objectifs de la ministre des Droits des femmes, ils en viennent à « conforter ou reproduire des représentations existantes dans la société » à propos des rôles des femmes au lieu de « les combattre quand ces représentations nuisent à l’égalité » et d’« ouvrir leur regard, leur horizon » pour parvenir à « davantage de vocations scientifiques chez les filles et plus de vocations sociales chez les garçons » (l’un des objectifs de la convention interministérielle pour l’égalité entre filles et garçons.)

En analysant deux manuels de 1e S différents (Hachette et Hatier), on trouve 53 documents pour traiter le programme sur « la place des femmes » dans « les évolutions de la société française » au XXe siècle.

L’image actuelle des femmes n’y sort pas des stéréotypes ordinaires : des « mamans auxiliaires » qui facilitent l’intégration des immigrés à Marseille, un peu plus de la moitié des avocat(e)s et quelques téléopératrices ; on ne sort pas vraiment de la vocation « sociale » des femmes. Rien n’est dit du fait quelles peuvent être des femmes de pouvoir comme Edith Cresson, les syndicalistes Nicole Notat et Laurence Parisot ou Margaret Thatcher  ou pour les prochains manuels les figures opposées qui ont mené les Femen ou la Manif pour tous. Les manuels n’arrivent pas à écrire qu’il arrive aussi qu’elles dirigent ou encadrent des entreprises et des banques et même parfois des familles nombreuses ou que dans le domaine scientifique elles peuvent aussi être de grandes informaticiennes, des pilotes de chasse et partir dans l’espace.

Les auteurs de manuels seraient ils anti-féministes ? On n’ose croire une chose pareille. La sous représentation de la diversité des modèles du genre féminin vient sans toute en grande partie d’une approche très abstraite de la question. Parmi les documents choisis, 80% d’entre eux montrent des groupes sociaux et 20% des individus. Elle est aussi la conséquence de l’idée qu’une loi sur l’égalité sera bien plus efficace que l’énergie des personnes et leurs rassemblements.

Correspondance historique : Déclarations de patrimoine, Comment Périclès enseigne l’art de ne pas paraître riche.

Déclarer son patrimoine est à la mode, Le gouvernement l’impose à ses ministres et l’UMP se déchire pour savoir s’il faut le faire aussi. C’est une forme de moralisation comme une autre.  Enfin on va sa voir lesquels de nos ministres sont riches.
On saura enfin qui a un combi Wolkswagen hors d’age, trois vélos ou une belle voiture.

Hier comme aujourd’hui les élus d’une démocratie cherchent souvent à donner l’impression qu’ils sont « comme tout le monde », vivent modestement et ne se soucient que du bien public.

Ils suivent sans le savoir les leçons de communication politique du d’un de leurs grands ancêtres du Ve siècle av. J.-C. : Périclès.
Selon Plutarque, « Périclès avait, pour le peuple, une extrême répugnance dans sa jeunesse. … Riche, issu d’une grande maison, et lié avec des personnages puissants dans l’État, Périclès craignait de se voir bannir par l’ostracisme : il ne se mêlait donc point de politique …

Quand Périclès commença à toucher aux affaires. Il se dévoua au parti du peuple, préférant, à l’aristocratie faible en nombre, la multitude pauvre, mais nombreuse. …

Dès ce moment, il embrassa une manière de vivre toute nouvelle. On ne le voyait plus passer dans les rues de la ville, que pour se rendre aux assemblées du peuple ou au sénat ; et il renonça aux banquets, aux sociétés, aux causeries. Tant qu’il fut à la tête des affaires, et il y demeura longtemps, il n’alla souper chez aucun de ses amis : un jour seulement, il assista au festin de noces d’Euryptolème, son cousin ; et encore se leva-t-il de table, aussitôt après les libations ».
Image : Le PointLouvre/Insecula

Correspondance historique : Margaret Thatcher, une icône féministe oubliée ?

Dans les manuels actuels, le rejet de la relégation par le XIXe siècle des femmes dans la sphère domestique et la dimension sentimentale ne peut se faire que d’une seule manière.

Tous les nouveaux manuels d’histoire de première mettent en avant les intellectuelles féministes de la seconde moitié du XXe siècle, Sept fois sur huit avec Simone de Beauvoir et une fois avec Françoise Giroud.
Seule la moitié d’entre eux montrent aussi d’autres modèles féminins avec une avocates, une académicienne, une aviatrices, des ouvrières du début du XXe siècle, des infirmières ou des syndicalistes.
Pas de femmes de pouvoir, à part Edith Cresson, premier ministre français, qui n’a pas vraiment réussi à s’imposer.

Il n’y a pas un seul manuel pour citer Margaret Thatcher ou une autre femme à poigne comme Golda Meïr ou Indira Gandhi dans le chapitre sur l’émancipation des femmes. Ces femmes n’étaient certes pas féministes, mais elles ont voulu et su montrer qu’elles pouvaient gouverner avec autant d’énergie et de détermination que des hommes.

Correspondance historique : Cahuzac ou la tentation Savonarole

Il faut moraliser la vie politique. Le Président de la République annonce un “choc de moralisation“. Il promet des règles impitoyables contre la fraude fiscale et la corruption et condamne fermement l’erreur d’un homme en qui il aurait mis sa confiance. Harlem Désir, propose au nom du parti socialiste un référendum sur la moralisation de la vie publique et l’opposition affirme pour sa part que le gouvernement ne va pas assez loin dans l’expiation de la faute morale commise par l’ex ministre du budget.

Il y a dans cette vague moralisatrice comme un écho des passions de la cité de Florence au temps de la Renaissance.
La ville toute entière avait alors suivi avec passion les sermons enflammés du moine Savonarole contre le luxe et les tentations païennes. Après avoir chassé les trop encombrants Médicis, la ville était devenue une « république chrétienne ». Dans sa quête d’une société parfaitement morale, elle avait dressé un grand bûcher des vanités pour y brûler toutes les traces d’un luxe corrupteur. Le peintre Botticelli lui-même y avait porté certaines de ses œuvres, devenues trop païennes à son goût.
Les promesses d’un retour absolu à la vertu n’ont cependant qu’un temps. Lassés de l’austérité, les jeunes florentins se sont révoltés contre Savonarole. Ils ont rétabli les jeux et les danses. La ville s’est alors retournée contre celui a qui elle avait demandé de lui enseigner une pureté inflexible.

Promettre une vertu parfaite après une faute morale n’est sans doute pas le meilleur moyen d’éviter de retomber dans les erreurs passées.
Certains voient dans cette affaire le lynchage d’un homme par un monde généralement très permissif, mais qui ne sait rien pardonner. Pour sortir de cette alternance entre permissivité et vagues de puritanisme, il devrait pourtant être possible de trouver les chemins d’une réforme plus progressive et plus profonde du comportement des hommes publics.
Images : Langenmantel, Botticelli

Y a-t-il des sujets tabous à l’école ?

Vidéo Journal de 20 heures France 2 le 11 décembre 2012.


Citations.
A propos de la Chanson de Roland, « Mais madame, ça pue la France, pourquoi ont fait toujours des trucs de la France ».

Prof : Blum a fait des réformes sociales.
Elèves : Ah c’est bien.
Prof : Il était Juif.
Un élève : Qu’il crève !

Réflexions.
Pourquoi certains sujets sont ils tabous à l’école ?
Comment parler des sujets tabous à l’école ?
Sujets tabous à l’école, une question sans espoir ?

Pourquoi certains sujets sont ils tabous à l’école ?

La diversité des origines ethniques des élèves peut conduire certains d’entre eux à opposer un « vous » esclavagiste et un « nous » victimaire.

Dans le fonctionnement identitaire des enfants d’immigrés, très variable, fluide et instable, la demande sociale d’un comportement « à la française » peut entrer en conflit avec un rattachement sentimental à une patrie rêvée, mieux que « le bled », une identité sans défauts et sans trouble (On peut lire à ce sujet les essais de Malika Sorel dont Le puzzle de l’intégration).

Certains enseignants et certains manuels scolaires mettent de l’huile sur ce feu en noircissant systématiquement la colonisation au lieu d’en montrer la complexité et aussi les aspects positifs. Les programmes qui demandent de parler de l’esclavagisme musulman du Moyen Age et de décrire les sociétés coloniales n’empêchent nullement de donner une vision nuancée des contacts entre les européens et d’autres cultures, ce que fait Yves Lacoste dans son livre sur La question postcoloniale.

Comment parler des sujets tabous à l’école ?

Le professeur d’histoire géographie qui rapporte sur France 2 qu’un élève a dit à propos de Léon Blum « Qu’il crève ! » explique qu’il a répondu « C’est un appel au meurtre, c’est très grave. »
Il dit au journaliste de France 2 : « Mon métier, c’est lutter contre ces propos, ces représentations, ces constructions intellectuelles qui fragmentent et fracturent la société. »

Faire la morale ne suffit pas. Il n’est pas simple pour un professeur de l’enseignement laïc de sortir du discours historique pour rentrer dans le domaine moral en disant qu’il est « grave » de souhaiter la mort d’un Juif. On ne peut le dire sans affirmer ouvertement un choix de valeurs morales. Certains trouveront l’interdit du meurtre dans le fait que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, d’autres dans la révélation biblique. Cela risque de ne pas suffire pour ceux qui se rattachent à d’autres hiérarchies de valeurs.

Ce que peut apporter l’histoire. Elle peut nourrir le choix du respect de la personne humaine par une réflexion sur les conséquences historiques des meurtres de masse.

En tant qu’enseignant, j’ai toujours constaté que la tension disparaissait autour d’une question sensible quand je l’abordais d’une manière nuancée et pluraliste. On peut commencer par reconnaître la part de vérité présente dans une accusation, par exemple à propos de la traite négrière. On peut continuer en faisant réfléchir sur la part d’exagération qui se glisse dans les revendications victimaires. Parmi le « nous » des victimes de l’esclavagisme, il y a aussi des complices et parmi le « vous » des européens, il y a aussi ceux qui ont voulu adoucir ou supprimer l’esclavage. Il est aussi nécessaire de présenter aux élèves les actes, les discours et les perceptions de l’autre. Le manuel Nathan / Le Quintrec de terminale le fait très bien à propos du conflit israélo-palestinien.

Sans l’approuver, on peut aussi faire comprendre la logique des systèmes meurtriers pour que les élèves puissent choisir de les refuser, rationnellement et en connaissance de cause.

L’histoire fabriquée? dans le journal de 20 heures de France 2

L’histoire est elle correctement enseignée à nos enfants ? Le journal de 20 heures de France 2 du mardi 20 novembre 2012 pose la question à Dimitri Casali, Vincent Badré, l’auteur de l’histoire fabriquée et à Laurence de Cock. On y parle de Louis XIV, de Napoléon et de « protectionnisme historique ».

Vallaud Belkacem, les manuels et l’homosexualité, au risque d’oublier l’histoire

Le ministre de la condition féminine estime qu’il faut “passer en revue” les manuels scolaires à propos de l’homosexualité, dans un entretien au magazine Têtu. « Aujourd’hui, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur oeuvre comme Rimbaud »

Son constat est juste. Les manuels d’histoire ne parlent jamais d’homosexualité.
En fait ils ne parlent jamais de sexualité en général. On ne signale pratiquement jamais dans les manuels si les personnages évoqués ont une vie sexuelle quelconque et si cela a joué un rôle dans leur vie.

Le risque de l’enquête qu’évoque le ministre de la condition féminine pourrait être de mener à une déformation des travaux des historiens et a des anachronismes massifs.
Les gestes de Rimbaud ou ceux qu’on peut voir sur bien des céramiques grecques de l’antiquité n’avaient pas forcément le sens que la communauté homosexuelle actuelle peut leur donner.
« Pour les Grecs anciens, le terme de pédérastie désignait des relations amoureuses sans nécessairement être sexuelles entre un ou une adulte et un adolescent. L’historien Bernard Sergent y voit un élément de rites aristocratiques de passage à l’âge adulte. Pour l’essayiste Jean-Claude Guillebaud, la Grèce n’était pas pour autant un monde de liberté sexuelle qui aurait ensuite été détruit par le puritanisme chrétien. Les tabous antiques n’étaient ni ceux de la Bible, ni les nôtres. L’historien Paul Veyne affirme que les païens de l’Antiquité n’ont pas « vu l’homosexualité d’un œil indulgent » car ils ont laissé des textes qui critiquent des relations sexuelles entre personnes de même sexe, mais « ils ne l’ont pas vue comme un problème à part », car la notion d’homosexualité n’existait pas. Les tabous de l’époque leur faisaient par contre considérer que le fait pour un homme libre, être un partenaire passif était une honte sans appel. » (Histoire fabriquée pp 29-30)
Il faudrait qu’il soit possible d’avoir une vision nuancée et plurielle des travaux historiques menés sur le caractéristiques et les identités des hommes et des femmes. Aboutir à une véritable connaissance de cette histoire serait certainement plus constructif pour les élèves et plus respectueuse de la réalité, de leurs opinions et de leurs choix personnels.

Pour aller plus loin: L’héritage de Vichy et ses racines idéologiques

Est-ce positif, est-ce négatif ? La question de l’historien n’est pas là. Il peut seulement fournir à l’homme et au citoyen des éléments d’information pour nourrir son jugement moral et politique. C’est dans cet esprit qu’il faut lire l’article du quotidien Libération à propos de l’héritage social du régime de Vichy. Un livre qui intéresse la gauche et la droite > Vidéo

Cécile Desprairies en montre les influences dans la société actuelle dans son livre « L’héritage de Vichy ». Cela n’infirme ni ne confirme le jugement moral de Robert Paxton selon lequel ce régime souffre d’une tache indélébile pour avoir livré des Juifs aux nazis et ne rentre pas dans la polémique pour savoir s’il en a aussi protégé. Cela permet simplement de regarder plus en avant la complexité idéologique et politique de l’action de l’Etat français.

Constitution d’Ordres professionnels et de camps de vacances d’entreprises, allocations familiales, fête des mères et souci de l’enfant et du sport, contrôle social de la population avec cantines, carte d’identité, police militarisée et numéro de sécurité sociale ; bien des lois de Vichy sont restées en place. Même l’engouement pour Mozart et les écoles de cinéma dateraient de cette époque.

Racines idéologiques de l’héritage de Vichy. L’article en question élude cependant un aspect de cette histoire, les origines idéologiques de ces décisions.  

Corporatisme. Le corporatisme est né parmi ceux qui n’acceptaient pas l’individualisme ultra libéral de la loi le Chapelier de 1791. Il a cherché à retrouver les associations professionnelles interdites radicalement par la Révolution. Ce corporatisme ancien a inspiré le courant du syndicalisme distinguant les associations d’employeurs et d’employés, mais aussi l’idée d’associations communes. Dans les années d’entre deux guerres, le corporatisme est à la mode sous des formes variées. Il est défendu par de nombreux courants, de certains syndicalistes révolutionnaires à des chrétiens sociaux et à divers courants socialisants ou non-conformistes.
Le fascisme italien, l’Allemagne national-socialiste et le régime de Vichy ont infléchi ce corporatisme en soumettant les corporations à l’Etat et en supprimant la possibilité de laisser s’exprimer les conflits d’intérêts entre employés et employeurs, c’est-à-dire le rôle particulier des syndicats.
La libération a rétabli la dimension critique du syndicalisme, tout en conservant sans le dire une dimension corporatiste. Elle a fait des syndicats les gestionnaires de la Sécurité sociale, maintenu une grande partie des Ordres professionnels mis en place par Vichy, en particulier dans les professions indépendantes que sont les médecins ou les architectes.
La survie discrète de ces Ordres professionnels et de certains syndicats pratiquement uniques dans certains métiers comme chez les agriculteurs s’explique sans doute par la relative satisfaction de leurs membres et le faibles nombre de ceux qui trouvent ces systèmes insupportables.

Biologisme. Le souci de la mère et de l’enfant, de la santé et du sport n’étaient pas des préoccupations uniquement fascistes. Il s’agissait de préoccupations largement répandues à l’époque du socialiste chilien Allende aux soviétiques. Il s’agissait aussi d’une mode et d’un goût nouveau pour le sport, répandu dans tous les milieux. Tous les courants de pensée avaient leurs clubs sportifs.
Il s’agissait aussi en grande partie de l’aboutissement de la traduction des découvertes biologiques de la fin du XIXe siècle et de l’application du darwinisme à l’organisation de la société.  

Anti libéralisme. Aides sociales et planification, enregistrement des citoyens et police militarisée, l’héritage de Vichy est en partie socialiste et bien des libéraux critiquent son rôle dans la remise en cause de l’ordre libéral et individualiste d’avant-guerre.
Le contrôle de l’individu par l’Etat n’a qu’en partie reculé après la guerre. L’Allemagne a brisé les cartels et la planification, mais conservé l’interdiction de l’école à la maison ; la France a conservé la carte d’identité.

Islamophobie ou islamophilie : L’islam dans l’enseignement de l’histoire.

Les polémiques actuelles sur une vidéo et des caricatures critiquant l’Islam et Mahomet ou L’agression d’un professeur d’histoire de Bordeaux après un cours évoquant l’islam reposent la question de la présentation de l’islam dans les écoles françaises. La victime de cette agression demande plus de laïcité et plus de connaissances. On peut surtout souhaiter trouver plus d’histoire sur le sujet dans les manuels scolaires.
Représentant l’opinion moyenne des professeurs d’histoire, ils n’osent généralement pas critiquer l’islam, font des éloges un peu vagues de la civilisation musulmane, mais ne savent par faire comprendre la culture arabo musulmane.

La peur d’offenser ou de froisser les élèves musulmans peut conduire les manuels à surévaluer la tolérance de l’islam et à écrire des phrases telles que : « Les ottomans instituent le devchirme créant une voie d’ascension sociale au service de l’Etat. Celui-ci consiste à prélever … des enfants chrétiens. A la différence de la règle générale les recrues sont converties de force à l’islam … [et] sont ensuite formées au métier des armes pour constituer les redoutables janissaires.»  (Histoire Fabriquée?, p42)
Il s’agit ici pour les nouveaux manuels de seconde d’atténuer l’impression de “choc de civilisation” produite par un nouveau programme de seconde qui ne présente l’Islam que dans un moment de conflit; quand les Turcs Ottomans prennent Constantinople en 1453.
L’oubli de la critique historique.
Le nouveau programme de cinquième demande aussi une “contextualisation des débuts de l’Islam” à partir de “sources historiques” et des textes musulmans qui doivent être “datés en relation avec ce contexte”. Les manuels n’ont pas osé aller réellement dans cette direction et en restent souvent au récit musulman traditionnel de la vie de Mahomet.

Alors, que faire?
Poser des questions historiques sans blesser des convictions.
L’histoire ne sait pas tout du passé de manière précise. Montrer quel est l’espace d’incertitude qui voile certains aspects des débuts de l’islam est possible et nécessaire. Pour le faire sans blesser inutilement, il faut rappeller que l’histoire pose des questions sur le passé, quand la religion adhère à un message insèré dans une histoire. La tradition musulmane a gardé des traces des débats entre les premiers musulmans à propos de la bonne version du Coran ou des récits de la vie de Mahomet rédigés à la fin du IIe siècle après le début de l’islam. Le livre “L’histoire fabriquée?” donne la parole aux recherches actuelles, par exemples celles sur les premiers grafitis musulmans du “Coran des pierres”. Il le fait en gardant à l’esprit qu’il s’agit de poser des questions sur cette histoire, sans apporter de conclusions définitives. (Histoire fabriquée? pp 39-42)
Retrouver une histoire précise qui donne la juste mesure de l’apport de la civilisation du temps des Califes dans les progrès des sciences, en particulier en mathématiques. Cela permettrait d’éviter que certains élèves croient de bonne foi que les musulmans auraient “inventé la médecine” ou “les mathématiques” et que d’autres croient à l’inverse que les progrès des sciences en terre sous autorité musulmane seraient une idée reçue sans fondement.
Savoir découvrir une culture différente.
Les programmes, et la culture scolaires actuelles ne permettent pas non plus de parcourir les cours d’un palais musulman comme l’Alhambra en écoutant ce qu’en disent les calligraphies qui en ornent les murs.
« Le fond du bassin évoque une masse de glace d’où l’eau s’écoule comme un solide au mouvement figé. Du bord de la fontaine, le flot ruisselle vers de longs canaux – larmes longtemps retenues échappant à une amante. » (Poème d’Ibn Zamrak, Cour des lions, Alhambra de Grande, cité par Henri Stierlin, L’Alhambra, Imprimerie nationale, 1991) Image.