Afrique : Témoignages sur le développement
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Agriculture, Scolarisation, Sida

Les paradoxes du developpement en Afrique
Les multiples activités d'un fermier sud africain
Difficulté du développement agricole en Afrique du sud
Développement de la scolarisation
Paradoxes et difficultés de la lutte contre le sida
La marque discrète des souvenirs de l'esclavage inter-africain.

Agriculture, faim et sous développement en Ethiopie
Entretien avec Franck Beernaert, agronome représentant belge de l'Union Européenne
Difficultés pour transmettre l'argent de l'aide au développement
Utilisation d'une céréale peu productive, le tef
Manque d'engrais et méthodes de culture
Une société qui freine le développement
Le bureau de préparation des désastres et la concurrence entre les donateurs
Textes tirés de Africa Trek, Sonia et Alexandre Poussin, Robert Laffont
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Les multiples activités d'un fermier sud africain
- Ifs a long way ! You are more than welcome ! Let's have a drink, you must be tired'.
Wicus Leeuwnar, Boer d'origine néerlandaise, est produc­teur laitier, il a une centaine de jersiaises, petites vaches marron de l'île de Jersey, réputées pour la richesse de leur lait. Hanlie,
Nous nous retrouvons autour d'une bière. D'autorité, Wicus enchaîne
- Demain vous ne marchez pas, il faut que je vous pré­sente mes grues bleues...
- Comment ? Vous ne connaissez pas cet oiseau magni­fique ? Notre emblème national ! Je suis à la tête d'un syndicat de fermiers qui lutte pour sa protection. En ce moment les chaumes sont pleins d'adorables poussins.
Le soir même, Wicus nous projette un diaporama sur les lumières de l'Overberg au fil des saisons. Chaque photo est un chef-d'oeuvre : il avait oublié de nous dire qu'il était un photographe de renommée internationale, publié dans tous les grands magazines naturalistes, et que trois fois par an il ani­mait des stages qui voyaient affluer des amateurs du monde entier... Accueil

Difficulté du développement agricole en Afrique du sud
" Je vais vous raconter une histoire qui m'est arrivée l'année dernière : depuis la fin de l'apartheid, nous avons eu le droit d'aller à nouveau dans les bantoustans, notamment le Transkei, même si c'est extrêmement dangereux. C'est une terre agricole très riche qui était très prospère avant d'avoir été attribuée aux Xhosas. Et pourtant rien n'en sort aujourd'hui encore. Il y a deux ans, notre syndicat de fermiers y est retourné bénévolement afin de proposer des conseils et des techniques aux fermiers locaux. Nous avons été reçus comme des sauveurs, ils n'avaient jamais vu le moindre représentant du ministère de l'Agriculture ! Nous avons mis ensemble un projet au point : nous leur avons donné gratuitement de l'engrais pour un an; nous avons ensemencé en leur apprenant comment procéder et on s'est entendus sur le fait qu'en cas de bons résultats, l'année suivante ils nous achèteraient de l'engrais avec une petite partie du fruit de leur récolte. Tout s'est bien passé; est arrivé le temps des moissons, la récolte a été mirifique. Nous avons fêté ça comme ils savent si bien le faire ! Je vous montrerai des photos. L'année d'après nous avons attendu, attendu : la commande d'engrais ne venait pas... Inquiets, nous sommes allés les voir. (Je vous rappelle qu'il n'y a pas de téléphones là-bas, chaque fois il fallait six heures de voiture en convoi!) Et nous leur avons demandé ce qui n'allait pas, s'ils n'étaient pas contents. Savez-vous ce qu'ils nous ont répondu ? " Oh si! très contents ! Mais la récolte était si importante qu'on n'a pas tout écoulé, il nous en reste pour cette année, pas besoin de planter ! " Accueil

Développement de la scolarisation
En fin d'après-midi, nous repartons. C'est le matin et le soir que se jouent nos journées. Il faut avancer ! Malheureusement, nous tombons huit kilomètres plus loin sur un lit de rivière à sec où s'affairent des orpailleurs. Pourquoi malheureusement? Parce que forcément on s'arrête, pour voir, pour raconter, pour comprendre, et que pendant ce temps-là on n'avance pas. Cent fois par jour nous avons ce dilemme. Ce coup-ci, les orpailleurs l'emportent. On s'arrête.
Ce sont des gamins. Ils creusent les sédiments à la main, les tamisent sur de vagues grillages et des tôles percées, lavent, rincent le tout avec de l'eau boueuse tirée du lit de la rivière. Un
et se dépose en petit tas de poudre magique. Jackson se redresse avec un large sourire, chasse l'eau et récupère son or dans un tube à essais contenant la collecte de la journée
- Une semaine de frais scolaires !
- Que veux-tu dire?
- L'école gouvernementale n'est pas gratuite. Mes parents ne peuvent pas la payer. Ça coûte trois mille ZWD par mois (dix euros) soit un gramme d'or par personne. On est cinq on doit donc trouver cinq grammes par mois. Heureusement, on n'a cours que le matin, alors on vient ici l'après-midi...
Plus loin, nous passons devant l'école. Sur la borne est peinte sa devise : " Ton savoir est ton trésor. " Accueil

Paradoxes et difficultés de la lutte contre le sida
En passant par le plateau de Zomba, nous tombons en pleine campagne sur le panneau d'une ONG française, Inter­Aide.
- Eh bien voilà, nous sommes reporters et nous aime­rions vous interviewer sur le sida.
- Ici, comme partout en Afrique australe, le sida est un fléau. La population est officiellement séropositive à 10 %, soit plus de un million de personnes. Et cela s'aggrave : 30 % des femmes enceintes sont touchées. À Inter-Aide, nous concen­trons nos efforts sur le milieu rural par des ateliers d'éducation sexuelle et des clubs anti-sida.
- Voilà notre message. On distribue ces T-shirts aux membres de nos clubs. Bon, c'est sûr, y en a qui ne viennent que pour les T-shirts...
A pour Abstinence, ou B pour Be faithfull, ou C pour Condom, ou D pour Death '
- Ça ne ressemble pas au message de l'Église, ça?
- On n'a rien à voir avec eux. Inter-Aide est laïque et moi je suis agnostique, alors...
- Quand même ! Abstinence, fidélité...
- C'est sûr, on dira ce qu'on voudra. C'est quand même ce qui marche le mieux. Et je dois reconnaître que c'est ce que prône l'Église.
- Oui. D'ailleurs, nous reprenons aussi le texte des affiches de la campagne gouvernementale : "Changez votre comportement ! ", car il faut savoir qu'ici, selon des rapports très officiels mais impubliables - accrochez-vous ! -, 70 1910 des femmes ont des rapports sexuels non désirés,
Pour en revenir à une réalité qui contredit les benêts, il y a un cruel paradoxe : en Afrique, le sida progresse en même temps que le niveau d'éducation et l'aisance financière. C'est le phénomène du " Sugar Daddy " avec un peu d'argent, l'employé de bureau, le professeur, le fonctionnaire ou même l'animateur anti-sida - et ça, ça me fait particulièrement chier -, peut s'offrir, moyennant quelques kwachas, les charmes de la jeune fille de son choix..
- À court terme, c'est une déferlante d'orphelins qui va submerger tous les systèmes sociaux et paralyser le pays. Ces gamins-là ne seront pas élevés, se protégeront en bandes et seront les vecteurs exponentiels du sida et de l'anarchie. Mais le pire, c'est que c'est au Malawi qu'il y a le plus de députés atteints au monde. Alors, pour l'exemple, on repassera !
- Tout vient du fait qu'ici les rapports sexuels sont régis par l'imprévisibilité, l'insatiabilité et l'infidélité. Imprévisibilité parce qu'ils n'ont pas d'espace ni de liberté pour épanouir une relation amoureuse normale. Les maisons sont petites, surpeuplées, les jeunes hommes n'ont pas le droit de fréquenter les jeunes filles, donc ils font ça la nuit dans les fourrés à la sauvette, quand ce n'est pas plus grave. Le, sida gagne à tous les coups.
- La majorité des gens ne croient toujours pas à l'exis­tence du sida, car leurs voisins ou leurs proches meurent chaque fois de symptômes différents : malaria, tuberculose, maladie de peau, angine... Ils ne veulent pas reconnaître que c'est à cause d'une relation sexuelle non protégée. La plupart du temps, les séropositifs se croient ensorcelés par un ennemi, vont voir un marabout et cherchent à se venger. Le marabout leur désigne une victime moyennant finances, un rival ou un gêneur de pré­férence, et c'est une réaction en chaîne de vendettas qui commence. Quand un type meurt du sida, un autre se fait presque toujours buter dans la foulée. Une croyance est aussi répandue : seul le viol d'une vierge peut lever le mauvais sort ! Accueil

La marque discrète des souvenirs de l'esclavage inter-africain.
Nkhotakota, dimanche 13 janvier 2002, 377e jour, 5 229e km
À Nkhotakota, dans un champ de maïs sur le bord du lac, nous trouvons les ruines de l'ancien marché aux esclaves et de sa mosquée. Il ne reste presque rien. Pas même un souvenir. À peine un pan de mur et une arcade scellée d'anneaux de fer forgé, dressée obstinément vers le ciel comme un ultime et résistant témoin de l'impensable. C'est dans un guide que nous avons appris l'existence de ces ruines, car ici tout le monde les a oubliées. Sur la plage, une tombe ensablée sert de tremplin pour les acrobaties des marmots. Ils se roulent dessus, rigolent et gesticulent sans savoir que c'est la tombe de Jumbé, chasseur d'esclaves, le bourreau qui a décimé leurs ancêtres il y a seule­ment deux ou trois générations. J'imagine des enfants cambod­giens gazouiller sur la tombe de Pol Pot.
L'Afrique n'a pas de mémoire. Ça la perd autant que ça la sauve.
Sonia se lance sur le sable dans un cours d'arithmétique. Les bambins enthousiastes et agglutinés font des additions et des multiplications sous la gouverne de leur institutrice de for­tune. Je ne peux pas m'empêcher de songer aux sinistres calculs qui se tramaient sur le sable en ces lieux il y a un siècle encore. " Soixante hommes contre six fusils, ça va? "
En 1870, Jumbé, chef local, vassal du sultan de Zanzibar, exportait depuis ce marché, sous cette arcade, dix mille esclaves par an. Il décimait la région avec les redoutables bandes armées des Rugas-Rugas et des troupes yaos. En tout, c'est cent mille esclaves par an qui embarquaient de ces plages de la côte ouest du lac, à bord de gros dhows, des embarcations zanzibarites sans quille à voile triangulaire, et qui débarquaient sur l'autre rive du lac, plus au nord, côté tanzanien. De là, ils marchaient enchaînés en caravanes, à la merci des pillards, de la malaria, des troupes de lions. Ceux qui ne portaient pas d'ivoire étaient bâtés de troncs afin qu'ils ne s'enfuient pas. Trente mille d'entre eux mouraient en chemin, les traînards et les malades étaient impitoyablement abattus...
Des hordes de hyènes suivaient ces cortèges funèbres pen­dant des centaines de kilomètres, attendant leur ration nocturne.
Des missionnaires et explorateurs de l'époque relatent avoir suivi pendant des semaines entières ces pistes jonchées d'os blanchis...
Mais le calvaire des survivants n'était pas fini.
De Kilwa ou de Dar es-Salaam, ils rembarquaient pour un périlleux voyage vers Zanzibar dans des conditions innom­mables, gisant dans leurs excréments, parmi les cadavres, sans eau ni nourriture, pour être vendus par le noble sultan aux pays du Moyen-Orient et à l'Inde.
C'est étrange, mais ce côté-ci de la traite des esclaves est moins connu, moins recherché, moins documenté que celui de la côte ouest. Comme si le fait qu'elle était le crime des Arabes et des Orientaux, et non des planteurs de Louisiane et des cotonniers du Havre lui attribuait un exotisme tolérable...
À l'ombre d'un large figuier sous lequel jadis le pasteur explorateur Livingstone prêcha contre ce sinistre commerce et négocia avec Jumbé une trêve en 1863, Sonia rassemble les petiots et entonne avec eux des chants chichewas. Nous sommes passés maîtres dans l'hymne national que nous chantons en toute occasion : Mulungu dalitsani Malawi, musunge mtendere Accueil


Agriculture, faim et sous développement en Ethiopie
Notre hôte, Franck Beernaert, représentant belge de l'Europe dans la région, nous raconte ses histoires de terrain. Ingénieur agricole, il est chargé de mettre en place des programmes de développement durable. Il a travaillé en Mongolie Intérieure, au Zaïre, au Mozambique, en Birmanie... Que des endroits simples. Il a ainsi développé un incroyable pragmatisme. Il vitupère contre les technocrates bruxellois qui lui demandent ad nauseam des graphiques, des chiffres, des rapports, quand il essaye de faire survivre dix oliviers dans un village perdu. Accueil

Difficultés pour transmettre l'argent de l'aide au développement
- L'année dernière, il me restait de l'argent à dépenser, alors j'ai fait construire, en quatre mois, cinquante kilomètres de Piste à mains nues par quatre mille paysans volontaires pour désenclaver un village isolé. Eh bien figurez-vous que j'ai dû me battre pendant quatre autres mois afin qu'ils soient payés 1,20 euro par jour au lieu des 75 centimes exigés par le gouvernement, et de 1,52 euro par jour initialement prévu par le budget européen...
Toujours ce principe selon lequel il ne faut pas créer de déséquilibres et d'inégalités entre les travailleurs d'un même pays, qui conduit des administrations locales à demander que leurs ressortissants soient moins rémunérés que prévu'...
- Aujourd'hui, six mois plus tard, ces travailleurs n'ont toujours pas été payés, l'argent de l'Europe étant toujours bloqué sur le compte du gouvernement amhara de Bahar Dar.
Syndrome africain. Le régime voit peut-être d'un mauvais oeil lui échapper la manne de contrats de construction passés avec les Chinois et financés par ces mêmes fonds européens. Peut-être est-il aussi agacé qu'on fasse son travail à sa place?
- Le gouvernement ne fait rien par ici. Toute son énergie est concentrée dans le Sud, pour rattraper les injustices d'un temps où la région amhara était plus favorisée. La désastreuse et criminelle aventure italienne avait laissé au pays un incroyable réseau routier, avec 3 300 kilomètres et 8 354 ponts et viaducs construits en deux ans par 60 000 travailleurs mais, depuis, peu de nouvelles routes ont été ouvertes. Le pays reste totalement enclavé, avec des régions perdues et isolées, comme dans l'Himalaya. Les Russes et les Cubains, sous le Derg, n'ont jamais réussi à insuffler une vraie politique de grands travaux.
Mis en condition, Franck se lève et va nous chercher dans le réfrigérateur trois Grimbergen bien blondes et bien fraîches. Pschiit ! Pschiit ! Pschiit ! Ouah, que ça fait du bien ! Franck reprend son analyse. Accueil

Utilisation d'une céréale peu productive, le tef
- Le vrai problème, nous dit-il, est que les paysans ne possèdent pas la terre et que les deux réformes agraires ont réduit leurs surfaces exploitables à un hectare par famille, hectare qui devra être partagé entre les huit à dix enfants... L'autre problème, c'est que le tef, la céréale dont on fait l'épiera, l'aliment de base des Éthiopiens, est un luxe somptuaire : c'est une céréale primitive qui date de l'époque néolithique dont les rendements ne dépassent pas deux cents kilos par hectare - alors que le blé produit une tonne par hectare, le maïs trois tonnes, et le tritical, une nouvelle céréale, jusqu'à huit tonnes.
Selon Franck, les Éthiopiens s'affament eux-mêmes à cause de leur obstination à ne vouloir manger que de l'enjera. heur régime n'est plus compatible avec leur croissance démographique. Le tef est une variété de graminée à peine plus haute que du gazon et dont les graines sont lilliputiennes, encore plus fines que celles du pavot. Mais difficile de changer les coutumes alimentaires d'un pays... Franck poursuit Accueil

Manque d'engrais et méthodes de culture
- Il y a quelque chose qu'on ne prend pas en considération : ils sont soixante-huit millions d'Éthiopiens à vivre comme au Moyen Âge. Or, à l'époque, il n'y avait qu'un pays à être aussi peuplé : la Chine... Mais sur un territoire beaucoup plus vaste. Ici, la pression sur le milieu est extrême. Et puis, surtout, ils appauvrissent la terre, lui prennent toutes les matières organiques, ne lui rendent rien. Les bouses sont utilisées comme matériau de construction et comme combustible, le foin et la paille sont utilisés en fourrage...
- Il n'y a pas moyen d'utiliser des engrais?
- Ça ne sert à rien à cause de ce qu'on appelle la " couche de labour ". C'est une couche de terre compactée par le passage répété des boeufs de labour depuis des siècles et qui se trouve à trente centimètres sous la surface. Imperméable, elle empêche les nutriments de remonter et la terre de respirer. Ça veut dire que cette terre qu'ils s'exténuent à gratter avec leurs araires primitifs est de la terre morte, stérile et improductive.
- Alors que faire? Il faudrait une charrue et un tracteur assez puissant pour casser cette couche compactée...
- On ne peut pas, à cause des pierres. Les Éthiopiens laissent volontairement les pierres dans les champs : ça casse les charrues mais ça retient la terre, et surtout l'humidité. Cependant, il y a quand même une solution. À Debré Tabor, à l'est du lac, un Sud-Africain qui travaille pour les Allemands de GTZ' ( Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit ) organisme gouvernemental allemand de coopération pour le développement. a mis au point un couteau d'araire plus long, plus fin et très dur qui réussit à crever la couche de labour; les résultats sont faramineux. C'est comme si la terre explosait, rejetait une énergie contenue depuis des siècles ! Sans le moindre ajout d'engrais, la production a été multipliée par trois... Ils sont deux et emploient trente Éthiopiens. Ils ont introduit deux cents espèces végétales, des fraises, des haricots, des choux, pour élargir les habitudes alimentaires de la région et approvisionner Bahar Dar en cultures maraîchères. Ils ont le seul système d'irrigation qui fonctionne dans le coin. Voilà de l'efficacité
Il respire un coup, avale une longue gorgée de bière et reprend Accueil

Une société qui freine le développement
… - La totalité de l'espace éthiopien utile étant exploitée, il n'y a pas d'espoir de trouver de nouvelles richesses. Il y a trois choses à faire : premièrement, privatiser la terre ; deuxièmement, créer une petite industrie avec.,des investisseurs étrangers pour créer des emplois et ainsi aspirer vers les villes la démographie excédentaire qui étouffe les campagnes ; et enfin, troisièmement, développer un contrôle des naissances draconien. La terre ainsi libérée de sa pression démographique pourra être petit à petit mécanisée. Malheureusement, aucune de ces réformes n'est à l'ordre du jour. Le gouvernement a conservé de vieux réflexes communistes, une administration kafkaïenne incapable de prendre la moindre décision et peu disposée à lâcher les rentes juteuses qu'elle tire de la terre louée aux miséreux. Les popes, quant à eux, ne veulent pas perdre leur ascendant sur les populations : tout contrôle des naissances est prohibé ; ils redoutent par-dessus tout le basculement démographique en faveur des musulmans de l'Est. Accueil

Le bureau de préparation des désastres et la concurrence entre les donateurs
Pour illustrer l'état d'esprit de la politique, ici, à Bahar Dar, le gouvernement a un bureau qui s'appelle le DPPC. Vous savez ce que ça veut dire ? " Disaster Preparedness and Prevention Comittee " et, dans le milieu des ONG, on l'appelle le " Dependancy Prolongation and Poverty Continuation " ou encore le " Disaster Preparation and Proposai Commission " ! Cette année, ils ont inventé une fausse famine. Ils annonçaient deux cent mille personnes affectées dans l'Ogaden et soixantedix mille morts en perspective, le bétail anéanti. Heureusement qu'on a envoyé quelqu'un y voir ! Il n'avait pas plu comme ça depuis dix ans. L'herbe était haute d'un mètre et les vaches bien grasses. Du foutage de gueule, mais, cette fois, on n'est pas tombés dans le panneau !
Après quelques gorgées de bière, il reprend son souffle.
- Il y a une concurrence entre les États donateurs. Le gouvernement fait monter les enchères. C'est à celui qui donnera le plus entre USAID, l'Europe, GTZ, le British Council, les Suédois, les Danois, les Japonais, les Français, et même les Israéliens... Quand on rechigne à donner, ils déplacent une Population - celle qui les gêne, bien sûr - dans un coin chaud et sec où elle va provoquer une petite catastrophe humanitaire qui réamorce la pompe à fric... Le blé et le maïs transgéniques des Américains, dont personne ne veut, arrive ici sans restriction, transporté par des camions du gouvernement, rétribué pour ça. En conséquence, ils voient d'un très mauvais oeil les succès agricoles de GTZ à Debré Tabor - ils n'y gagnent rien... Avec ces dérives, on n'est pas sortis de la friterie, je vous le dis ! Et moi, je reçois la visite incessante d'auditeurs et de spécialistes de Bruxelles qui écrivent des rapports qui ne seront lus par personne... Il y en a qui m'appellent pour organiser la visite de deux de mes projets en deux jours, le plus confortablement possible... À ces " consultants touristes " je réponds : " Soit vous louez un hélicoptère, soit vous allez à Disneyland. J'ai du boulot, moi ! " En voiture, il faut un jour et demi de pistes défoncées pour rejoindre ma première wereda'... Dans les rapports qu'on me réclame, il m'arrive d'écrire en milieu de texte : " La vache qui rit ! ", et une page plus loin " Avez-vous vu la vache qui rit? " Je n'ai jamais reçu la moindre remarque...
Nous n'en pouvons plus de rire. Quelle thérapie ! Dommage qu'ils ne soient que quatre techniciens comme lui sur le terrain, répartis aux quatre coins du pays - contre trente fonctionnaires européens à Addis. Franck finit son topo par une boutade
- Une inversion ne serait-elle pas plus efficace pour dépenser nos impôts européens? Trente hommes de terrain et quatre collaborateurs autour de l'ambassadeur. Ça c'est une idée à soumettre en haut lieu pour faire des économies. Perdu d'avance !
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