Le Débat : De l’histoire champ de bataille à une mémoire pluraliste

Dans la revue dirigée par Pierre Nora et Marcel Gauchet consacrée à “La culture du passé“, il y a article de Vincent Badré sur notre rapport à la mémoire et à l’histoire dans les manuels actuels.

Extrait : “Les livres de classe ne sont pas un reflet exact de l’enseignement historique effectivement dispensé dans les collèges et les lycées. Ils sont cependant un assez bon reflet de ses tendances générales. Ils sont influencés par les débats mémoriels et peuvent aussi ouvrir aux moyens de mieux les vivre. Choisis par les équipes d’enseignants de chaque établissement, ils sont écrits de (…) Lire la suite >>>

Plan de l’article

  • Continuité du récit historique ou construction des savoirs
  • Ouverture mondiale ou mémoire nationale
  • Persistance du récit national ?
  • Une vague de repentance coloniale ?
  • Traitement mémoriel et primat de l’émotion
  • Le poids de l’esprit du temps
  • La place des témoignages personnels
  • Vers la diversification des points de vue

Pour lire l’ensemble du numéro de la revue Le débat >>> avec en particulier le “kitsch” dans l’enseignement de l’histoire par Mara Goyet, les manuels d’histoire lus par Philippe Meyer et Régis Debray, mais aussi des réflexions sur notre rapport au passé dans les bandes dessinées, les jeux vidéo, l’engouement pour Tolkien etc …

Manuels d’histoire, ils insistent sur la soumission des femmes des des XIXe et début du XXe siècle

En dehors de quelques femmes militantes, les exemples choisis par les manuels ne décrivent que les conditions ordinaires des femmes de condition modeste : deux paysannes, sept documents décrivant des ouvrières, deux institutrices, une vendeuse et une dactylo. Epouse, mère et ménagère à la maison dans le cours du XXe siècle, la s’émancipe un peu avec un dossier sur « la féminisation du métier d’avocat. ».

L’image qui est donnée est celle de l’ordinaire et des conditions moyennes, en oubliant les fortes personnalités qui sont sorties de la résignation et ne se sont par contentées d’un rôle limité. Les manuels ni disent rien sur les militantes des mouvements ouvriers, sur les veuves entrepreneures du XVIIIe ou XIXe siècle qui dirigent l’entreprise de leur mari après sa mort, sur les femmes missionnaires au bout du monde ou sur celles qui se sont engagées en politique au sens large , la duchesse d’Uzès ou Louise Michel.

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Il n’y a toujours pas de héros dans les manuels d’histoire

La personne humaine et les biographies restent largement à l’écart dans les manuels scolaires actuels, malgré un léger frémissement du programme de troisième. On n’y a pas ajouté de chef militaire de la première guerre mondiale comme le demandait Hubert Tison de l’APHG, mais seulement la figure de Clemenceau.

Cette relégation des biographies touche presque autant les grands personnages connus que les hommes et les femmes du peuple. Les biographies sont présentes, mais elles sont le plus souvent très brèves, séparées des pages de cours et d’études de documents et renvoyées en fin de volume.

Un manuel (Hachette, 1e S, 2013) se distingue en donnant une large place à des biographies, y compris consacrées à des hommes et femmes du peuple dont la vie concrète a été représentative d’un des grands mouvements sociaux qu’on présente si souvent  seulement en théorie.

Développé sur trois pages et mis en relation avec d’autres exemples, cet exemple de l’évolution d’une famille française permet de donner un peu de chair à la vision souvent très théorique qui est donnée de “la population active française”.

Voir aussi : absence des ouvriers dans les nouveaux programmes d’histoire 2013, absence des hommes du peuple dans les manuels d’histoire 2010-2012.

Les manuels scolaires vus par le Monde diplomatique : une défaite de la raison ?

Le dossier à leur sujet commence par un constat de bon sens « Le recours nécessaire, même pour le meilleur et le plus soigné des manuels, à une certaine simplification représente à la fois le défaut majeur du genre et sa principale caractéristique. Aujourd’hui comme hier, il intègre un biais dans la sélection et la présentation des contenus. [en] histoire … les choix s’opèrent logiquement sur la base des intérêts politiques du moment. »

Les articles suivants n’arrivent cependant pas à donner une idée précise des déformations qui affectent la sélection des contenus choisis par les auteurs de livres scolaires. L’un d’entre eux nie même que ces distorsions puissent avoir la moindre importance, ce qui est contestable. Le Monde diplomatique se contente d’exemples « positifs ou négatifs », sans entrer dans une analyse comparative, rationnelle et nuancée.

La sélection d’extraits de textes critiquant des manuels « marxistes, islamistes, altermondialistes », mais aussi véhicules de la « théorie du genre sexuel » et des critiques de la Ligue du nord italienne n’est suivie d’aucun examen de la véracité de ces critiques.

En sens inverse, un article dénonce l’effacement de l’analyse marxiste dans les manuels d’économie en partant de quelques citations. D’autres citations extraites de manuels promettent l’enfer aux non musulmans pour les petits saoudiens, accusent les arabes d’être responsables du conflit avec israël pour les jeunes américains et demandent à des lycées français « Quels sont les avantages de la libre circulation des marchandises ? ». C’est un curieux amalgame et surtout un raisonnement par un exemple, ce qui ne prouve pas grand chose. Cette question sur le libre échange est tirée d’un manuel qui consacre par ailleurs une de ses biographies et deux documents à Keynes.

Il faut une analyse plus large pour s’apercevoir que les manuels d’histoire actuels consacrent peu de place à la question du libre échange, et généralement avec des documents qui lui sont favorables et sans leur opposer des questions critiques.

Le problème des manuels n’est pas tel ou tel document pris isolément, mais leur tendance à privilégier une seule perspective. Les économistes cités dans les manuels d’histoire sont par exemple très souvent dans le courant dominant de centre-gauche au lieu de montrer aux élèves des lectures inspirées de la lutte des classes, mais aussi des analyses libérales.

Les nuances manquent aussi dans l’analyse du « Diplo », La persistance d’une image très XIXe siècle de la femme à la maison et du mari qui bricole dans les livres de mathématiques est tout à fait réelle, mais l’article ne dit rien du fait que les manuels d’histoire oublient les femmes d’action au Moyen Age et bien souvent aussi de nos jours. [pour aller plus loin, voir les chapitres correspondants dans L’histoire fabriquée ?, toujours disponible en librairie].

L’histoire fabriquée? dans le journal de 20 heures de France 2

L’histoire est elle correctement enseignée à nos enfants ? Le journal de 20 heures de France 2 du mardi 20 novembre 2012 pose la question à Dimitri Casali, Vincent Badré, l’auteur de l’histoire fabriquée et à Laurence de Cock. On y parle de Louis XIV, de Napoléon et de « protectionnisme historique ».

L’histoire fabriquée? Vidéo Ce soir où jamais Frédéric Taddei

France 3 Frédéric Taddeï Ce soir où jamais 25 septembre 2012
Les nouveaux manuels d’histoire sont ils communistes, étatistes, anti-chrétiens et soumis à l’idéologie dominante ? (via)

Frédéric Taddei a aussi présenté  “On a retrouvé l’histoire de France” de Jean Paul Demoule.